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Durée totale : 38:55


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On en parle

Ce premier album de Francis Lalanne montre d’emblée qu’il connaît déjà le métier et qu’il s’est forgé, dans l’anonymat, un style et une personnalité. Tout y est étonnamment cohérent.
Dessus : portrait en noir et blanc, regard vif et longs cheveux retenus par un bandeau ; image du poète marginal, influencée par ses origines sud-américaines.
Dedans : la vie réécrite et mise en musique par Lalanne, seul maître de ses créations malgré la présence bienveillante de Frank Thomas et Philippe Langlois.

Tout entier, il nous livre des angoisses, des solitudes, des aspirations au bonheur, mais pas de véritable message.
Sa lucidité et le réalisme de ses propos n’ont d’égale que la sensibilité qui transforme les souhaits en poésie pastorale (La maison du bonheur), qui habille les vicissitudes du quotidien d’une ironie douce-amère (V’là huit heures), et qui dénonce avec une hargne légitime la drogue destructrice (Marteau-piqueur).

Des introductions à la guitare sèche ou au piano exécutées d’un doigté léger, une orchestration dépouillée de tout artifice électronique à la mode, des mots simples : rien de bien original ni de transcendant pourrait-on penser.
Mais l’atout majeur du "petit Lalanne" réside en une interprétation magistrale, servie par une voix dont il sait jouer à merveille. Rugissement agressif et douloureux arraché au plus profond de ses entrailles, qui se métamorphose en cri d’amour (ou de haine), puis devient une déclaration câline et vacille dans un ultime murmure. La musique n’a plus qu’à suivre.
Et soudain on comprend qu’il est de la race des grands. D’ailleurs il ne cache pas son admiration pour Ferré, Trenet… Mais c’est surtout la silhouette de Brel qui plane au-dessus du couple qui se déchire sous les yeux de l’enfant (Papa a giflé maman).

"Rentre chez toi", "V’là huit heures", "La maison du bonheur" ; Francis Lalanne existe et voici sa carte de visite.
Puis, content d’avoir suscité tant d’émotion, il s’en va en nous rappelant qu’il a vingt ans (J’ai vingt ans), et avec ce folklore américain nous prévient qu’il a plus d’une facette à son talent. « Pourtant que la vie soit belle / J’irai bousculer l’univers / Et mettre mes tripes rebelles / Sur ma guitare et sur mes vers… ».

Évelyne REB