Références
- Titre : De Corazón
- Date de sortie : 1988
- Références : CD 258 956
- Éditions : Zélidre / BMG
- Paroles et musique : Francis Lalanne
Titres
- Un saludo de Giulietta (intro) 0:06
- La hija de la luna 3:16
- La voz de José (poème “Ano Nuevo” de et dit par José Aïub Manzor) 1:47
- Nada nos separara 2:50
- Habanera 4:03
- Vidéo 7:45
- Halcon blanco (poème) 1:27
- Nora 2:02
- El corazón 3:20
- La Lluvia y tu (poème de José Aïub Manzor, dit par Saïde Manzor) 0:27
- Te quiero 3:21
- Fuera 3:38
- Vaiven del Amor 3:31
Durée totale : 36:24
Francis en parle
Francis Lalanne : Le Charme Latin
Rock, habanera, musique folklorique… Avec De Corazón, Francis Lalanne signe un album étonnant, en espagnol. Un retour aux sources pour cet artiste passionné…
Il surgit, chaussé de bottes de sept lieux, tel un d’Artagnan moderne. À peine posé, Francis Lalanne se lance, parlant d’un rythme soutenu. Comme porté par la passion qui l’anime à l’évocation de son nouvel album, De Corazón. Un disque où il exprime sa fidélité aux origines. Né à Bayonne en 1959, Francis a, en effet, longtemps vécu en Uruguay : sa mère, Saïde Manzor en est originaire.
D’abord méfiant à l’égard des journalistes, dont il dénonce le penchant pour les "critiques narcissiques" et une "certaine médiocrité", petit à petit, il se laisse aller à la confidence…
- Pourquoi cette décision soudaine d’enregistrer en espagnol ?
- Mais c’est un vieux rêve ! Simplement, je n’en avais pas les moyens. C’est une des raisons qui m’ont poussé à quitter mes producteurs et à devenir indépendant, pour pouvoir être maître d’œuvre de mon destin. Et j’ai pris le risque énorme en exprimant, par cet album, la moitié de mon âme.
- Un risque en définitive payant. Un mois après sa sortie, l’album est entré au Top 30. Comment avez-vous réagi ?
- C’est insensé ! J’ai une sorte de reconnaissance infinie pour le public. Ne m’aurait-il pas suivi que ça donnait des arguments aux multinationales. Au contraire, ce succès prouve que les critères de rentabilité commerciale ne doivent pas intervenir dans la création. Si des technocrates se font fort de mettre en équation la production commerciale, je crois impossible de le faire avec l’âme humaine. Ce qui marche finalement, c’est ce qui est personnel et ne ressemble à rien.
- Avec ce titre, l’album est entièrement placé sous le sceau de l’amour, de la passion ?
- De Corazón, du fond du cœur. L’album vient effectivement de là et de nulle part ailleurs comme dirait les Nuls. C’est un cri du cœur.
- L’album est dédié à votre oncle, José Aïub Manzor, poète urugayen. Où avez-vous retrouvé l’enregistrement de sa voix qui figure dans l’album ?
- Mon père a l’habitude de faire des enregistrements. Un jour, en fouillant dans les tiroirs, j’ai trouvé ce poème dit par mon oncle, Ano Nuevo. Il m’a bouleversé. Et j’ai pris cela comme un message : le sujet en est la renaissance, la vie après la vie, la toute puissance de l’amour. En studio, j’ai téléphoné à Mickey, qui joue de l’harmonica, et ils se sont rencontrés sur le disque. J’ai tenu aussi à faire figurer la version espagnole de la chanson du film Le passage. Pour montrer ma croyance que la mort ne peut pas nous séparer. Ces chansons sont comme une main tendue à travers ces espaces qui nous éloignent mais ne nous séparent pas.
- C’est le signe d’un sentiment religieux ?
- Attention à ne pas confondre foi et religion. Si la foi est poétique, la religion est, elle, de plus en plus politique. Moi, je crois en Dieu et je l’exprime à travers mes créations.
- "De Corazón" a été enregistré dans le studio de votre frère. Travailler en famille était essentiel pour vous ?
- J’ai la chance de pouvoir travailler avec mes frères. Ça a donné à ce disque une forme d’émotion et une sensibilité spécifique. Il faut inclure dans ma "famille" tous les musiciens invités à l’enregistrement. Souvent des immigrés d’Amérique du Sud qui, comme moi, ont échoué sur la terre de France.
- Il est plus facile de se "libérer" dans une langue étrangère ?
- Je regrette de ne pas savoir plusieurs langues, tant c’est vrai. L’espagnol permet d’exprimer les viscères, le blues latin.
- Allez-vous revenir à Dom Juan ?
- La pièce est donné en tournée à l’automne. Il est dur de rentrer dans ce rôle et dur d’en sortir. Comme je ne crois pas avoir exprimé toute sa richesse, je continue. Ensuite, retour à la chanson avec une tournée dès janvier. L’énergie que véhicule la scène est une pulsation idéale pour un disque aussi à fleur de peau que De Corazón !
Propos recueillis par François CARDINALI