
- Pièce de Molière
- Réalisation : Jean-Luc MOREAU
- Rôle de Francis : Dom Juan
Présentation
En 1987, Francis Lalanne interprète pour la première fois Dom Juan au Festival d’Anjou. La pièce est mise en scène par Jean-Luc MOREAU assisté d’Agnès BOURRY. Les costumes sont de Charlie MANGEL.
La pièce est ensuite rejouée au Festival de Ramatuelle puis à Paris au Théâtre des Bouffes-du-Nord. D’autres représentations seront données à travers toute la France.
L’interprétation, la mise en scène, les costumes et l’absence de décors font partie de l’originalité de la pièce.
On rit beaucoup, on est ému et parfois scandalisé. Toutes sortes d’émotions nous traversent tout au long de la pièce. Quelquefois même l’envie d’intervenir nous gagne.
Un immense plaisir d’entendre et de voir jouer Dom Juan dans le véritable esprit de la comédie de Molière.
Source : l’Âtre à Lalanne, bulletin n°2
Interview
Francis Lalanne se lance à présent dans l’aventure théâtrale : il interprète le rôle de Dom Juan de Molière, du 10 septembre au 25 octobre 1987 au Théâtre des Bouffes-du-Nord. Histoire de renouer avec ses premières amours et ses études au Conservatoire d’art dramatique de Marseille. Un pari audacieux au pays des étiquettes, qui n’aime pas trop qu’on mélange les genres…
- De la chanson au théâtre, tu risques d’en déconcerter plus d’un…
- C’est une folie ! Tout le monde m’a fortement déconseillé de le faire… Mais le théâtre est ce que j’aime le plus au monde. C’est ma vie. Je n’ai jamais fait de choix en fonction d’une carrière. Je ne pense pas ma vie d’une manière prospective. Je vis mes envies sur l’instant.
- Tu as certainement découvert Dom Juan sur les bancs de l’école ?
- En effet, j’avais quatorze ans. J’ai vécu, dès cette période, une véritable fascination pour ce personnage. À l’époque, je ne comprenais pas trop pourquoi, aujourd’hui je sais. Dom Juan est la seule pièce que Molière ait refusé d’éditer : le personnage de Dom Juan lui ressemblait et lui faisait peur. Après avoir été poussé par son entourage pour l’écrire car il venait de subir l’interdiction de Tartuffe, il a toujours eu un rapport conflictuel avec ce personnage. Si Dom Juan est un peu l’œuvre maudite de Molière, elle invente pourtant le théâtre moderne, en brisant les règles classiques !
- Qui serait Dom Juan en 87 ?
- Francis Lalanne… Dom Juan va au bout de ses actes, refuse les compromis avec la société. Avec ce texte j’ai pu me raconter. En effet je vis la même quête que Dom Juan, bien qu’en tant qu’acteur je joue d’après une trame qui n’est pas celle de ma vie. Les points communs ? Une recherche de l’énergie suprême. Dom Juan cherche l’amour à sa source, moi je suis à la recherche de l’âme, des êtres et des choses. La séduction devient alors anecdotique. Lui réalisant sa quête à travers la séduction des femmes, moi dans une création qui n’est autre qu’une forme sublimée de séduction.
- Quels ont été tes maîtres au théâtre ?
- Tout d’abord Irène Lambertin, mon professeur à Marseille. Puis Jean-Luc Moreau, le metteur en scène de Dom Juan. Nous nous sommes rencontrés à la Sorbonne pendant mes études. J’avais dix-huit ans ! Jean-Luc est pour moi un maître spirituel, car un mythique du théâtre par ailleurs amoureux transi de Molière. Pour lui, tout va dans le sens de la théâtralité des choses. Il est un défenseur absolu du spectacle, c’est un grand directeur d’acteur. Sans racisme il peut tout mettre en scène, de Dom Juan au Tombeur de Lamoureux… Jean-Luc est aussi acteur, il joue Sganarelle dans la pièce…
- Tu n’as pas eu envie de la mettre en scène toi-même ?
- Non, j’en aurais été incapable. Plus tard certainement. J’ai écrit une pièce, Nora ou la fiancée du clown noir. Je la monterai certainement bientôt.
- Côté look, tu n’as pas eu de mal à te transformer en Dom Juan ?
- En fait, Jean-Luc Moreau a pris le problème à l’envers, car il était intéressé par le look de Lalanne pour Dom Juan. Mon look, c’est ma tronche, mes cheveux longs. Au début on m’accusait d’être toujours en retard, dépassé : aujourd’hui on porte des catogans comme Lalanne. À force d’être en retard sur tout le monde, j’ai fini par être en avance. Quand j’entrerai en scène, j’espère que je serai Dom Juan et non plus Francis Lalanne, sinon j’aurai mal fait mon métier. Je dois gommer le handicap de mon image médiatique. Pour cela je fais confiance à la scène, à l’action, à la mise en scène pour que la personnalité du chanteur ne contrarie pas ma prestation.
- Le jeu, c’est primordial pour toi ?
- Le jeu, c’est l’eau douce, le rapport ludique à la vie. C’est l’enfant que l’on garde vivant en soi et qu’on arrive à ne pas détruire complètement. Plus on peut se préserver, plus on est artiste. Sur scène je me dois de faire rêver les gens. Le rêve est l’un des vecteurs fondamentaux de ma vie, c’est aussi l’une des grandes forces motrices de l’univers. Il faut se surprendre soi-même afin de surprendre les autres, tout en ne se laissant pas surprendre par la vie. J’essaye donc de me surprendre pour ne pas vieillir.
- Penses-tu amener ton public au théâtre pour t’applaudir dans Dom Juan ?
- Absolument, tous les jeunes qui achètent mes disques et m’ont propulsé au Top 50 ! C’est un Dom Juan moderne que nous montons, avec une équipe de jeunes comédiens, la moyenne d’âge est de 22 ans. Les jeunes connaissent mal Dom Juan, je veux faire tomber le mythe de sa mauvaise réputation. Ils viendront pour moi et découvriront Don Juan, Molière et le théâtre !
- Ambitieux, tout cela ?!
- Non. Je ne suis pas ambitieux moi-même, mais en réaction contre une éducation qui voudrait que les hommes se prennent pour de la merde. Je tiens à lutter contre cette tendance. Mon combat quotidien me pousse à être un peu mieux dans ma peau chaque jour afin d’avoir le plus possible de choses positives à pouvoir donner aux autres !
- Lalanne le chanteur de "Toujours à l’air libre" et l’acteur jouant Dom Juan se rejoignent-ils quelque part ?
- Oui car Dom Juan est rock dans sa façon de vivre libre dans une société carcérale. "Toujours à l’air libre" est liée à mon aventure dans Dom Juan. Dans une période dominée par les Pasqua et autres Le Pen, comment ne pas se battre pour la liberté, à tous les niveaux ? Pour illustrer cette chanson, j’ai choisi un clip dur, montrant les martyrs de la liberté qui partent, au péril de leur vie, au bout du monde pour nous informer. Cette chanson est dédiée à tous les otages de la liberté.
Propos recueillis par Marc THIRION (Extrait)
Source : Paroles et Musique de Sept.87
Témoignage de Francis
