Francis et ses figurines

Les figurines de Francis Lalanne

Zidane, Petit, Thuram, Blanc, Djorkaeff, Barthez… Minuscules ! Et Jacquet, pas plus grand. Sept centimètres exactement. Sept centimètres d’acétate de cellulose. Mais, sur l’une des commodes du salon de l’appartement parisien de la mère de Francis Lalanne, entre disques d’or, photos, affiches de spectacles, de films, ils trônent tous, dressés sur leur socle de bois, surveillés de près par des bronzes plus grand (20 cm) d’autres footballeurs, anonymes. Jules n’est pas loin. Forcément. La mascotte de l’équipe de France pour le Mondial 98 fut la première "figure" de sport de Starlux, l’entreprise qui fabrique tout ce petit monde à Périgueux et dont Francis Lalanne est devenu gérant.

Les figurines de Lalanne ? Une passion. Sa plus ancienne. « J’en ai 35 000, disséminées un peu partout » dit-il, le regard admiratif, comme subjugué. Là, les soldats de plomb piétinent en troupe sur une autre commode du salon. À quelques pas, une bibliothèque entière grimpant jusqu’au plafond, devenue "figurinothèque", leur est réservée. Comme les tiroirs que l’on peut à peine ouvrir…

Intarissable, l’artiste, quand il évoque ses figurines. Heureux. Son temps n’est alors plus compté. Lalanne en oublierait qu’il est chanteur. Mais, s’il lui est important d’en parler aujourd’hui, c’est aussi qu’à sa passion s’ajoute la nécessité économique.
« Quand j’ai repris la société, elle était morte. J’ai repris les machines, les biens mobiliers et immobiliers. Et j’ai créé une quinzaine d’emplois ».

C’était son peuple, sa patrie

Pour Francis Lalanne, Starlux ne pouvait pas mourir. « J’ai eu le sentiment que c’était mon enfance qui était liquidée ». Soldats, cow-boys, indiens, animaux préhistoriques entre autres animèrent celle de Francis, vécue longtemps dans l’isolement. « C’était mon peuple, ma patrie ». Un peuple qui le libéra. « Ces figurines ont joué, dans ma vie, un rôle prédominant. Enfant, je ne communiquais qu’avec les objets, les choses inanimées. Pour m’aider, mes éducateurs ont mis ces figurines entre mes mains. Comme je trouvais que ces personnages ressemblaient aux humains, je suis parvenu à leur parler », explique-t-il.

Mais, à l’époque, parmi les innombrables reproductions, on ne trouvait guère de footballeurs, de rugbymen. « Dans mon plan de reprise, j’ai annoncé que je voulais développer des figurines correspondant aux préoccupations de la jeunesse qui, heureusement, s’intéresse plus aux sportifs qu’aux militaires. C’est Jean-Claude Darmon qui m’a ouvert grand les portes ».

Pour Starlux, 1999 s’annonce sous de bons auspices. « C’est l’année de l’internationalisation de la diffusion de nos figurines. Pour l’instant, on est au commencement de l’engouement pour la figurine de sport, qu’elle soit en plomb ou en plastique », assure Lalanne. « Je suis en contact avec Serge Blanco pour développer des figurines à l’occasion de la Coupe du monde de rugby ».

Madame Lalanne, qui s’amuse à comparer son appartement à un musée, pourra bientôt pousser les murs.

Charlotte KAFROUNY


Francis Lalanne a sauvé les petits soldats

« Entre 30 et 40 000 ». Francis Lalanne ne sait pas exactement combien il possède de figurines Starlux qu’il collectionne passionnément depuis son enfance mais il est heureux d’avoir redonné vie à l’entreprise périgourdine qui les fabrique, depuis près d’un siècle. Ces petits cow-boys, indiens, soldats, chevaliers, personnages du Moyen-Âge, fanfares du 1er Empire, ou encore ces petits cyclistes sont pour lui le symbole du bonheur. Robert Enrico a filmé, pour Envoyé Spécial, le chanteur devenu chef d’entreprise.

Il rachète starlux en 1997

Il faut dire que Francis Lalanne a réussi un pari. Il avait racheté en mars 1997 pour 800 000 F cette entreprise Starlux en dépôt de bilan dont les figurines ont agrémenté le chocolat Kohler ou le café Nestlé. Il avait prévu de créer dix emplois à temps plein. Il est arrivé à quinze, sans parler de la quinzaine d’emplois saisonniers ou à durée déterminée. Il s’était donné trois ans pour remettre Starlux financièrement à flot. Il y est parvenu en moitié moins de temps. La maison est déjà bénéficiaire. C’est "La maison du bonheur" comme l’artiste le chante lui-même.

Francis Lalanne a reconquis l’ancienne clientèle, des particuliers, des magasins de jouets et des grandes surfaces. Il a également convaincu un nouveau marché : des entreprises privées ayant besoin de figurines pour leur communication promotionnelle. Jean-Claude Darmon lui a ouvert le monde du sport en lui donnant l’exclusivité de la fabrication de Jules, le coq mascotte de l’équipe de France de football pendant la Coupe du monde. Le déficit de notoriété a été comblé. Dernier coup d’éclat : la création d’une collection d’une quarantaine de soldats de plomb retraçant l’épopée napoléonnienne pour les encyclopédies par fascicules Atlas en vente chez les marchands de journaux.

Un poète qui gère une entreprise

« Je ne me considère pas comme un chef d’entreprise, je suis un poète qui gère une entreprise, commente Francis Lalanne. Je suis atypique dans ma façon de gérer. J’ai été obligé d’interrompre toutes mes activités artistiques pendant un an et demi pour créer des collections, prospecter les marchés, recouvrer les factures. La semaine de trente-cinq heures je la passe en deux jours ! Je reconnais que ma popularité m’a aidé auprès de la clientèle, mais j’ai la chance de défendre un produit mythique de qualité ».

L’artiste retrouvera, toutefois, bientôt les planches. En janvier, Starlux engagera un directeur général pour assurer le quotidien. Le mois suivant, Francis Lalanne (qui restera gérant de la société) reviendra sur la scène parisienne, au Bataclan, pour reprendre le rôle d’Herbert Pagani dans "Mégalopolis", la comédie musicale écrite dans les années soixante-dix.

Marc PELLERIN Le Parisien, Sept. 1998