L’enfant prodige en haut de l’affiche ou “Le chanteur enchanteur enchanté”
Francis Lalanne n’aime guère s’attarder aux divers épisodes de sa biographie… Contentons-nous donc de quelques repères.
• Issu d’une famille cosmopolite : grands-parents maternels libanais, grands-parents paternels béarnais et basque, mère née en Uruguay, père successivement ingénieur Travaux Publics, fonctionnaire international des Nations-Unies au Moyen-Orient ou, après sa retraite, représentant en lignes jaunes !
Le père de Francis a cinquante-cinq ans quand il rencontre sa future épouse, de vingt ans plus jeune que lui : coup de foudre… Francis naît, en 1959, à Bayonne. Il aura deux frères cadets : René et Jean-Félix.
• La famille Lalanne réside un temps à Mont-de-Marsan : Francis fréquente une des écoles de la ville.
Enfant prodige, il n’a que neuf ans quand, il… met en scène Le Bourgeois Gentilhomme de Molière !
• Quelques années d’enfance en Uruguay : un paradis (c’était avant le coup d’État).
Féru de poésie et de chansons espagnoles et latino-américaines, Francis admire Antonio Machado, Victor Jara, Miguel Hernandez, José Aiub Manzor qui, poète et diplomate, n’est autre que son oncle.
Bilingue, Francis s’exprime aussi bien en espagnol qu’en français.
• Il a environ douze ans, il découvre la chanson en écoutant “La légende de Saint-Nicolas” sur un disque de chansons du folklore : déjà “auteur” de poèmes, il conçoit alors tout l’intérêt d’ajouter une mélodie au texte.
Ignorant des chanteurs qu’il ne découvrira que beaucoup plus tard, il est certain d’être un précurseur et d’inventer un genre !
Ce sentiment d’être à la préhistoire de quelque chose a une incidence sur son écriture : il pense la chanson sans référence.
• Il entre dans l’adolescence, la famille s’installe à Marseille : sa forte personnalité dérangeait principalement le corps professoral.
Malgré ses tendances révolutionnaires et les troubles qu’il provoque au collège, ses études s’avèrent brillantes. Pourtant, il préfère apprendre le piano, tout seul, plutôt que d’assister aux cours de maths.
À la demande de Francis, Jean-Félix apprend la guitare…
• Sous le nom de “Bibi-Folk”, les trois frères Lalanne (Francis, 16 ans : chant et guitare ; René, 15 ans : contrebasse ; et Jean-Félix, 12 ans : guitare) tournent dans les collèges, facs et MJC des environs de Marseille.
• Francis entre au Conservatoire d’Art Dramatique de Marseille et… en sort avec tous les prix :
« Il a seize ans et sait, déjà, tout faire : jouer, chanter, danser, tirer l’épée, tenir la batterie, son registre est inépuisable, il a raflé tous les lauriers, mais en récoltera beaucoup d’autres : il s’appelle Francis Lalanne. Retenez ce nom, vous le retrouverez d’ici peu tout en haut de l’affiche » (Edmée Sauty).
• À dix-sept ans, il traverse une période mystique, qu’il ne renie pas aujourd’hui : toujours avec ses deux frères, il anime des messes, bousculant parfois les lois de la religion catholique ainsi que la passivité des paroissiens.
Tout cela le conduit à enregistrer un 45 tours et trois 33 tours de chansons religieuses (ces derniers en tant que musicien arrangeur). Il acquiert ainsi, très jeune, l’expérience des studios et… des indélicatesses des maisons de disques.
Déçu, Francis ne veut plus ni chanter ni faire de spectacles. Pendant deux ans, il accompagne (aux deuxièmes guitares) Jean-Félix, son frère guitariste, dans tous ses concerts.
• Dix-huit ans : après un brillant succès au bac, il arrive à Paris et s’inscrit en Lettres Modernes à la Sorbonne où il obtiendra un DEUG. Il est alors (écrit Jean-Félix) triste, renfermé, aigri et révolté…
Il chante dans les asiles, les prisons, les hospices… Années infernales de solitude, d’expèriences négatives et nulles, se souvient Francis, où j’éliminais tout ce qu’il y avait en moi de propension à la création, au don de moi à travers l’art…
Rencontre déterminante avec le comédien Jean-Luc Moreau : il commence à ressentir en lui bouillir le besoin d’écrire, de créer, de chanter…
• Il réalise une maquette : elle est refusée partout, y compris par son futur producteur et sa future maison de disques…
Il rencontre Philippe Langlois et Frank Thomas et enregistre, en 1979, son premier album (Rentre chez toi) : instruit par l’expérience, il refuse tout compromis…
Touché par le talent novateur qui s’exprime dans ce disque, Jean-Louis Foulquier diffuse, sur France-Inter, “Marteau-piqueur”, puis “J’ai de la boue au fond du coeur” : flot de courrier des auditeurs qui en redemandent… Foulquier diffuse chaque jour un titre différent de l’album… “La maison du bonheur” devient un tube. La presse lui consacre des critique dithyrambiques :
« Les mots de Lalanne sont une lave qui roule et gronde avec une stupéfiante ardeur, son album est un cri, un formidable cri d’amour et de révolte, de désespoir et de peur » (Richard Cannavo, “Le Matin”, 16 novembre 1979).
On le compare aux plus grands… Francis a vingt ans et vient de faire connaissance avec le succès.
• Quelques mois après la sortie du disque, premier concert à Marseille, deuxième à Vénissieux, troisième à La Flèche : Gérard Violette est dans la salle et l’engage au Théâtre de la Ville. On connaît la suite : depuis, Francis n'a pratiquement pas arrêté de chanter et de tourner en France.
• Printemps de Bourges en avril 1980, Théâtre de la Ville bondé en novembre 1980, deuxième album cette même année :
« Ces huit nouvelles chansons, tissées avec les fils du rêve et de la réalité, de la solitude et de la fraternité, de la mort et de l’amour, retentissent comme un cri dans le désert de nos indifférences. Un appel, en forme de S.O.S., lancé comme on jette une bouteille à la mer.
C’est en fait le même thème, celui de l’amour-solitude, qui sous-tend l’ensemble du disque (…) Lalanne chante l’amour sous toutes ses formes » (Paroles & Musiques, novembre 1980).
• 1981 : troisième album : “Vieil animal qui s’est pris dans la vie” comme un oiseau fatigué s’empêtre dans des rets, Francis Lalanne épuise sa jeunesse dans les affres de l’écriture.
Mal dans sa peau et quelque peu suicidaire, comme beaucoup des enfants de cette fin de siècle, il exprime (parfois peut-être avec complaisance diront certains) la tristesse, voire le tragique, d’une vie que les temps ont tendance à rendre de plus en plus difficile.
Un disque sans doute encore plus sombre que les précédents, dont la majorité des titres ont été enregistrés en direct.
• Novembre et décembre 1981 : Bobino est comble pour un spectacle qui mêle chanson, théâtre et danse grâce à une chorégraphie de Patrick Dupont, éblouissant danseur-étoile de l’Opéra de Paris et ami de Francis.
• Avril 1982 : pendant… quatre heures et demie, délirant et mémorable récital sous le chapiteau du Printemps de Bourges… L’hippodrome de Pantin en novembre… le Palais des Congrès en octobre 1984…
• On connaît la suite : Francis n’a depuis, pratiquement pas cessé de chanter, d’écrire, de tourner, de jouer, de produire ou réaliser…
Des centaines de concerts dans toute la France, une kyrielle de prix et toujours des projets plein la tête !
Jacques ERWAN
~ Francis Lalanne c'est :
- 22 millions de disques vendus
- Plus de 3000 concerts
- 28 ans de chansons
- 20 albums français et 2 albums espagnols
- 10 recueils, essais & romansPlus de 1000 représentations au théâtre (acteur dans 5 pièces)
- 1 comédie musicale
~ Ses nombreux prix :
- Le 1er prix du Conservatoire d’Art Lyrique de Marseille
- Le 1er prix et la médaille d’or du Conservatoire d’Art Dramatique de Marseille (Diction, Comédie moderne, Comédie classique, Tragédie classique)
- Licence de Lettres à La Sorbonne
- Prix des disquaires de France en 1979
- Prix international de la jeune chanson française en 1980
- Prix Raoul Breton en 1981
- Médaille de la SACEM en 1982
- Prix du millionième Km (plus grands nombres de concerts)
- Prix de la ville de Marseille pour Dom Juan en 1988
- ainsi que deux nominations aux Molières en 1996 pour “L’Affrontement” (Meilleur acteur et Révélation de l’année)